Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes contre l'Iran. Le Guide Suprême Ali Khamenei a été tué dans les premières heures. Deux semaines plus tard, le détroit d'Ormuz est fermé au trafic commercial, le Brent a bondi de 40%, les indices européens ont perdu 10%, et les marchés pricent désormais deux hausses de taux de la BCE alors qu'ils n'en attendaient aucune il y a quinze jours.

J'ai travaillé en salle de marchés où je fabriquais des produits financiers. Aujourd'hui je les distribue directement au grand public. Je vois, tous les jours, comment les marchés digèrent ce type d'événements. Et ce que je constate ne ressemble pas à ce que racontent la plupart des médias.

L'essentiel en 10 secondes. Brent : +40% YTD, à ~101$. Euro Stoxx 50 : -10% depuis les plus hauts. Volatilité (V2X) : 35, contre 20 avant le conflit. BCE : 2 hausses de taux pricées, contre zéro il y a 15 jours. Détroit d'Ormuz : fermé au trafic commercial. Déficit d'offre pétrolière : 5 millions de barils/jour, 12 millions attendus.

Ce qui s'est passé en 14 jours

Le conflit a escaladé à une vitesse que personne n'avait anticipée. Le jour des frappes, l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz en représailles. Dans les 48 heures suivantes, plus de 1 200 projectiles (missiles et drones) ont été tirés contre Israël, les bases américaines dans le Golfe, et les États du Golfe. Le terminal de Ras Laffan au Qatar, qui représente 20% de la production mondiale de GNL, a été attaqué et mis à l'arrêt.

L'assurance maritime pour le transit d'Ormuz est devenue indisponible dès le 3 mars. Le trafic commercial dans le détroit s'est arrêté quasi totalement. Depuis, seuls des navires iraniens transitent. Le 11 mars, le trafic inbound vers le Golfe Persique a atteint zéro.

L'Iran a nommé Mojtaba Khamenei, le fils du Guide tué, comme successeur ; un signal de continuité plutôt que de désescalade. Les conditions de cessez-le-feu posées par Téhéran sont maximalistes : garantie de non-agression future, reconnaissance des droits iraniens, paiement de réparations. Le parlement iranien a déclaré qu'il n'y aurait "absolument pas" de cessez-le-feu.

Pourquoi Ormuz change tout

Le détroit d'Ormuz est un passage maritime de 33 kilomètres de large entre l'Iran et Oman. C'est la seule voie de sortie du Golfe Persique vers l'océan et les marchés mondiaux. Environ 20% des exportations mondiales de pétrole transitent par ce corridor, soit entre 15 et 17 millions de barils par jour en temps normal. 80% de ce pétrole est destiné à l'Asie : la Chine en absorbe 38%, l'Inde 15%, la Corée du Sud 12%, le Japon 11%.

Les alternatives sont limitées. Le pipeline saoudien Est-Ouest peut théoriquement acheminer jusqu'à 7 millions de barils par jour vers la mer Rouge. Le pipeline émirati offre une capacité supplémentaire. Mais combinées, ces alternatives ne couvrent qu'environ la moitié des flux normaux. Et pour le gaz naturel liquéfié du Qatar, il n'existe aucune alternative au passage maritime.

C'est ce qui rend cette crise fondamentalement différente des précédentes. En 2022, quand la Russie a envahi l'Ukraine, le pétrole russe a continué de couler vers la Chine et l'Inde via des tankers fantômes. Le choc était un choc de prix. Ici, l'offre physique disparaît réellement.

Ce qui se passe sur les marchés

Le pétrole a explosé. Le Brent est passé de 72,48 dollars le 27 février à un pic de 119,50 dollars le 9 mars, soit une hausse de 65% en moins de deux semaines. Ce pic de 29% en une seule séance est du jamais vu depuis avril 2020. Après un rebond brutal le 10 mars (chute de 17% en un jour), le Brent est remonté au dessus de 100 dollars et oscille autour de ce niveau. JPMorgan prévoit que le déficit d'offre atteindra 12 millions de barils par jour la semaine prochaine. Goldman Sachs estime que si le détroit reste perturbé tout le mois de mars, le Brent pourrait dépasser son record historique de 147,50 dollars.

En chiffres. Le Brent est à environ 101 dollars au 13 mars, en hausse de 40% depuis le début de l'année. L'essence américaine est passée de 2,98 à 3,58 dollars le gallon (+20%). Le gaz naturel européen a bondi de 56%. Le déficit d'offre est de 5 millions de barils par jour actuellement, 12 millions attendus la semaine prochaine.

Les actions ont décroché. Les indices européens ont perdu environ 10% depuis leurs plus hauts du 26 février. L'Euro Stoxx 50 est passé de 6 200 à environ 5 600. Le Stoxx 600 a effacé tous ses gains depuis le début de l'année. En Asie, la bourse coréenne a subi sa plus forte baisse depuis la crise de 2008, le Nikkei japonais a chuté de 7% en une séance, et les marchés émergents asiatiques ont enregistré 14,2 milliards de dollars de sorties de capitaux en une seule semaine, le plus gros retrait depuis 2010.

La volatilité a bondi. L'indice de volatilité européenne V2X est passé de 20 à 35, un niveau qui n'avait pas été atteint depuis l'épisode des tarifs douaniers d'avril 2025. Pour ceux qui, comme moi, ont fabriqué des produits structurés, c'est un paramètre central : une volatilité élevée change tout dans la construction d'un produit. Pour vous, épargnant, cela signifie que le marché price une incertitude majeure.

Les obligations baissent aussi. C'est le phénomène le plus inhabituel. Les taux d'intérêt à long terme en zone euro ont bondi de 25 points de base en deux semaines. Les obligations d'État mondiales ont effacé tous leurs gains 2026. Actions en baisse, obligations en baisse : les stratégies de diversification traditionnelles ne fonctionnent plus dans ce type d'environnement. C'est le pire scénario pour un portefeuille "classique" 60/40.

L'inflation revient dans la conversation. Le breakeven d'inflation 2 ans français a bondi de 73 points de base en une seule semaine. Les marchés pricent désormais deux hausses de taux de la BCE, alors qu'ils n'en attendaient aucune il y a deux semaines. Un membre du Conseil des Gouverneurs de la BCE a déclaré qu'une hausse de taux était "potentiellement plus proche que beaucoup ne le pensent." Goldman Sachs a repoussé sa prévision de première baisse de taux de la Fed de juin à septembre.

Les trois scénarios selon Bloomberg Intelligence

Résolution rapide (fin mars)

Le trafic tanker reprend rapidement après un cessez-le-feu négocié. Le Brent revient vers 70 à 80 dollars. La prime géopolitique se dissipe. Bloomberg Intelligence qualifie ce scénario d'optimiste.

Disruption étendue (1 à 2 mois) — scénario central

Perturbation intermittente des tankers, coûts d'assurance élevés, fermetures sélectives de production. Le Brent reste entre 100 et 120 dollars avec un biais haussier. Les pipelines de contournement et les releases de réserves ne compensent qu'une fraction du déficit.

Perturbations prolongées (3 mois et plus)

Le marché passe de la prime de risque à la pénurie structurelle. Bloomberg Economics estime que le Brent pourrait approcher 164 dollars. Le rééquilibrage ne peut se faire que par la destruction de la demande : les prix montent tellement que la consommation mondiale chute.

Les précédents historiques

Les crises géopolitiques majeures offrent des repères, même si aucune n'est exactement comparable.

Invasion du Koweït (1990). Le Brent est passé de 15,87 à 40,15 dollars (+153%). Retour au niveau d'avant la crise en environ 4 mois après la libération du Koweït.

Invasion de l'Ukraine (2022). Le Brent est passé de 89,16 à 127,98 dollars (+44%). Retour sous 100 dollars en un mois, sous 90 dollars en six mois. Mais le pétrole russe a continué de couler vers l'Asie. Le choc était un choc de prix, pas un choc d'offre physique.

La crise actuelle. Le Brent est passé de 72,48 à un pic de 119,50 dollars (+65%). Le déficit physique (5 à 12 millions de barils par jour) est sans précédent dans l'histoire moderne. La comparaison la plus pertinente n'est pas 2022 mais 1990, voire 1979 (révolution iranienne).

Ce que ça change concrètement pour votre épargne

Si vous avez un PEA investi en ETF, une assurance vie en unités de compte, ou des actions en direct, voici ce qu'il faut garder en tête.

Votre horizon de placement reste votre meilleure protection. Si vous n'avez pas besoin de cet argent dans les cinq prochaines années, une correction de 10% est du bruit. Désagréable, mais du bruit. Toutes les crises géopolitiques des trente dernières années ont été suivies de rebonds. La question n'est pas si les marchés remonteront, mais quand.

L'inflation change la donne pour vos liquidités. Si le pétrole reste au dessus de 100 dollars, l'inflation va repartir à la hausse. Le pass-through d'un choc pétrolier vers l'inflation sous-jacente en zone euro commence à 3 mois et dure jusqu'au 7ème mois. Votre Livret A à 2,4% pourrait de nouveau être en rendement réel négatif. C'est un argument supplémentaire pour ne pas garder trop de cash sur les livrets.

Les obligations ne protègent plus. En temps normal, quand les actions baissent, les obligations montent. Ce mécanisme est cassé dans un environnement de hausse simultanée de l'inflation et du risque géopolitique. Si vous avez une allocation 60/40 classique, elle ne fait pas son travail en ce moment. Si vous vous demandez comment structurer votre patrimoine dans ce contexte, les questions à se poser restent les mêmes ; c'est l'ordre des priorités qui change.

L'or joue son rôle. C'est dans ces moments que l'or justifie sa place dans un portefeuille. Pas comme investissement principal, mais comme assurance. 5 à 10% d'or dans une allocation diversifiée, c'est exactement pour ce type de situation.

La meilleure décision en période d'incertitude, c'est souvent de ne rien changer à sa stratégie. C'est contre intuitif. C'est ennuyeux. Et c'est ce qui a fonctionné après chaque crise majeure des trente dernières années.

Ce que je fais, personnellement

Je ne vais pas vous donner de conseil d'investissement ; ce n'est pas mon rôle ici et je n'en ai pas le droit. Mais je peux vous dire ce que je fais avec mon propre argent.

Je continue d'investir régulièrement, chaque mois, sur un ETF World via mon PEA. Je ne regarde pas les cours tous les jours. J'ai une poche de cash que je suis prêt à déployer si les marchés corrigent significativement, avec des seuils définis à l'avance. Et surtout, je n'essaie pas de timer le marché, même si mon métier me donne l'illusion que je pourrais y arriver.

Je suis cette crise de très près sur le hub Iran du site, avec les données de marché mises à jour et la chronologie des événements. Si la situation évolue significativement, j'en parlerai dans la newsletter.

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