Ce mardi 6 mai en milieu de matinée, l'agence américaine Axios a publié une information qui a fait basculer la séance. Selon deux responsables américains et deux sources directement informées du dossier, Washington et Téhéran seraient à quelques heures d'un accord pour mettre fin à la guerre, sur la base d'un mémorandum bilatéral d'une page reprenant quatorze points. La réaction des marchés a été immédiate. Les actions européennes ont gagné environ 2,5%, le pétrole a perdu jusqu'à 11% en séance, l'indice de volatilité européen V2X est passé sous 22 pour la première fois depuis le début du conflit, et le marché des taux a retiré l'équivalent d'une demi hausse de la Banque centrale européenne sur la fin d'année.
Sur le papier, c'est un mouvement de soulagement géopolitique classique. Sauf que la journée a été plus complexe que ça, et que plusieurs voix institutionnelles ont contredit l'optimisme du matin avant même la fin de la séance. On fait le point.
Que dit cet accord en quatorze points
Bloomberg, qui a confirmé l'information une heure après Axios, parle d'un mémorandum d'une seule page. Pas un traité multipartite, pas un accord nucléaire complet. Une page, quatorze points. La nuance est importante.
Voici ce que prévoit ce mémorandum, selon les sources consultées par Axios et Bloomberg. Sur le détroit d'Hormuz, les restrictions iraniennes sur le shipping et le blocus naval américain seraient levés graduellement sur une période de trente jours. Sur les sanctions, les États Unis s'engageraient à une levée progressive et à un déblocage des fonds iraniens gelés à travers le monde. Sur le nucléaire, l'Iran accepterait un moratoire de douze à quinze ans sur l'enrichissement d'uranium, avec un retour à un seuil de 3,67% après expiration et un transfert d'une partie de son uranium hautement enrichi hors du pays.
Trois points de prudence techniques sont à connaître pour bien comprendre ce qui est sur la table.
Premier point, les négociations détaillées sur le programme nucléaire viendront après la signature. Le mémorandum acte un cadre de cessez le feu et une fenêtre de trente jours pour finaliser les modalités. Mais la vraie négociation nucléaire reste à mener.
Deuxième point, toutes les conditions sont explicitement réversibles si l'accord plus large sur le nucléaire ne peut pas être conclu. Autrement dit, ce n'est pas la fin de la guerre, c'est un cessez le feu conditionnel à durée indéterminée qui peut être réenclenché si les négociations suivantes échouent.
Troisième point, le moratoire sur l'enrichissement n'est pas un démantèlement complet. C'est une suspension temporaire. Un point que le gouvernement israélien, qui n'a pas été briefé en amont selon CNN, a immédiatement contesté.
Pourquoi les marchés se sont emballés
Quand une guerre majeure dans une région pétrolière critique s'arrête, plusieurs canaux de transmission se dénouent en même temps, et c'est exactement ce qui s'est passé ce matin.
Premier canal, le pétrole. Le détroit d'Hormuz voit passer en temps normal environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial. Quand il se ferme, les prix montent ; quand on annonce une réouverture, ils baissent mécaniquement. Le Brent, qui était au dessus de 110 dollars la semaine dernière, est passé sous 100 dollars en séance pour la première fois depuis fin avril.
Deuxième canal, la prime de risque sur les actions. La volatilité, mesurée par le V2X en Europe et le VIX aux États Unis, encaisse mécaniquement la levée du risque géopolitique. Avec un V2X à 21,7 contre 24 avant la guerre, on est revenu sous le niveau pré crise pour la première fois depuis fin février.
Troisième canal, les taux d'intérêt. Quand le pétrole baisse, l'inflation attendue baisse avec, et les marchés anticipent que les banques centrales pourront être moins agressives. Le marché a retiré l'équivalent d'une demi hausse de la BCE sur l'horizon de fin d'année. Les taux à dix ans français et allemands ont baissé de sept à huit points de base sur la séance.
Pour un investisseur particulier, l'enchaînement est simple à comprendre. Une assurance vie diversifiée bénéficie de la hausse des actions et de la baisse des taux longs. Un PEA actions européennes prend le rebond. Un fonds en euros voit ses obligations sous jacentes se valoriser. Le scénario du jour, vu d'en bas, est plutôt favorable.
Les signaux qui contredisent le scénario d'une signature imminente
C'est là que les choses se compliquent. Plusieurs voix institutionnelles publiées dans la même journée contestent directement le scénario d'une signature à 48 ou 72 heures.
Trump lui même a pris du recul publiquement. En milieu d'après midi, le président américain a qualifié dans un message sur les réseaux sociaux la signature de « grosse présomption », ajoutant que « si l'Iran n'accepte pas, les bombardements reprendront ». Plus tard dans l'après midi, il a dit au New York Post qu'il était « trop tôt » pour envisager des discussions en face à face avec les responsables iraniens, et même qu'il n'était « pas sûr » d'envoyer ses négociateurs Witkoff et Kushner pour finaliser. Le pétrole a réagi en récupérant une partie de la baisse intraday.
L'Iran n'a pas encore donné de réponse officielle. L'agence iranienne semi officielle ISNA a publié dans la journée une dépêche qualifiant le plan d'« excessif et irréaliste » et indiquant qu'il avait déjà été « fortement rejeté par les autorités du pays ». Une source proche de la Garde révolutionnaire a ajouté à des médias affiliés que « les revendications récentes des responsables américains sur un accord imminent visaient à justifier le recul de Trump sur ses dernières opérations militaires ». Autrement dit, l'IRGC accuse l'administration américaine d'avoir gonflé l'annonce pour couvrir la suspension de Project Freedom 48 heures plus tôt.
Le président iranien Pezeshkian avait, lui, déjà pris position publiquement la veille. Dans une déclaration relayée par Reuters lundi 5 mai, il a qualifié les demandes américaines d'« irréalistes » et déclaré que Téhéran « ne se soumettrait pas à des demandes unilatérales ». Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a lui même reconnu en conférence de presse que la décision iranienne pouvait prendre « jusqu'à une semaine ».
Israël, qui n'a pas été briefé, est en désaccord public. Selon CNN, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a tenu des discussions avec des responsables américains pour « mieux comprendre la situation ». Le ministre de l'énergie Eli Cohen a déclaré sur Army Radio que « la pression doit continuer, jusqu'à ce que toutes les conditions soient remplies ou jusqu'à ce que le régime soit brisé ». Le chef d'état major israélien, le général Eyal Zamir, a annoncé publiquement disposer d'« une nouvelle série de cibles prêtes à être frappées en Iran ». Si l'accord se fait sur la base d'un moratoire d'enrichissement plutôt que d'un démantèlement, Israël garde la possibilité d'une frappe unilatérale.
Pour ne pas dépendre du timing des marchés
Une assurance vie en gestion libre
Quand les marchés bougent fort sur des annonces géopolitiques, l'allocation diversifiée d'une assurance vie reste l'amortisseur le plus simple pour un particulier.
Ce que ça change concrètement pour vos placements
Trois lectures sont possibles dans les jours qui viennent, et chacune a des implications différentes pour votre épargne.
Lecture optimiste, l'Iran signe dans les 48 à 72 heures. Le pétrole continue sa baisse vers 90 dollars, les actions poursuivent leur rebond, la volatilité s'installe sous 20. Le scénario aurait été massivement bénéfique pour les portefeuilles diversifiés. Mais avec ce qu'on a vu cet après midi, ce scénario est moins probable qu'au matin.
Lecture intermédiaire, l'Iran prend une semaine et négocie au compte gouttes. Le marché reste en attente, la compression de volatilité se prolonge sans s'effondrer, le Brent oscille entre 100 et 110 dollars. C'est le scénario le plus probable selon le rythme observé sur les négociations précédentes, et il maintient une prime de risque qui s'effrite progressivement.
Lecture pessimiste, l'Iran rejette officiellement le mémorandum dans les jours qui viennent. Le pétrole rebondit vers 115 ou 120 dollars, la volatilité repart à la hausse, et l'on revient dans la configuration d'avant le 6 mai. C'est le risque que portent les signaux ISNA, Khamenei et IRGC vus aujourd'hui.
Pour un investisseur particulier, la conséquence pratique n'est pas de prendre position dans un sens ou dans l'autre. C'est de réaliser qu'on est dans une fenêtre où chaque déclaration officielle peut faire bouger les marchés de plusieurs pour cent. Si vous avez fait votre allocation de long terme, la bonne stratégie est de ne pas y toucher. Si vous attendiez un point d'entrée pour investir une enveloppe disponible, la zone de prix actuelle est un compromis raisonnable, sans qu'on puisse savoir si elle sera dépassée à la baisse ou à la hausse dans la semaine.
Le rendez vous Trump Xi du 14 et 15 mai
Bloomberg a confirmé dans son article de l'après midi que le sommet entre Trump et le président chinois Xi Jinping se tiendra à Pékin les 14 et 15 mai. Le détail géographique n'avait pas été précisé jusqu'ici, et il a son importance. Le sommet ne se tient pas en terrain neutre. Trump se déplace en Chine, ce qui réduit sa marge de manœuvre tactique sur le dossier iranien et augmente la pression de la Chine pour finaliser un accord avant le sommet.
La Chine absorbe environ 90% des exportations pétrolières iraniennes selon les données de Bloomberg. Pékin a un intérêt direct à la réouverture de Hormuz et a levé la voix le 6 mai par la voie de son ministre des affaires étrangères Wang Yi qui a appelé publiquement à une « restauration rapide du passage normal et sûr du détroit ». Mais la Russie et la Chine ont vetoté en avril dernier une résolution de l'ONU pour coordonner la défense de la réouverture du détroit, et le ministère iranien des affaires étrangères a explicitement omis Hormuz dans son compte rendu officiel de la rencontre Wang Yi Araghchi du 6 mai.
Autrement dit, la pression chinoise est calendaire mais pas certaine d'aboutir. Il est possible que l'Iran cède partiellement sur Hormuz pour permettre à Xi d'arriver au sommet avec un succès affichable, sans pour autant signer le mémorandum complet sur le nucléaire. Ce serait un compromis intermédiaire qui ne casserait pas le narratif d'apaisement mais qui ne libérerait pas non plus toutes les tensions.
En résumé
L'annonce du 6 mai est réelle. Un projet de mémorandum bilatéral existe et il est sérieux. Les sources sont multiples et concordantes côté américain. Mais la signature n'est pas acquise, et la fenêtre de 48 à 72 heures annoncée par les sources américaines à Axios est probablement optimiste à la lumière des contre signaux iraniens et israéliens publiés dans la même journée.
Pour votre épargne, le bon réflexe n'est pas de bouger sur un mouvement intraday, c'est de regarder la suite. Réponse iranienne formelle attendue dans les deux jours via le médiateur pakistanais. Statement éventuel d'Araghchi ou du Guide suprême. Réaction d'Israël aux paramètres exacts. Sommet Trump Xi à Pékin la semaine prochaine. Tous ces points sont des points de bascule qui peuvent inverser la lecture du jour.
Ce qui est certain en revanche, c'est qu'on est dans la phase finale de cette guerre, sous une forme ou sous une autre. Que ce soit par signature, par négociation prolongée ou par escalade israélienne. Et c'est précisément dans ces phases finales que la lecture opérationnelle compte plus que le sentiment de marché.
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